Le nouveau visage du notariat : dix ans de transformation, une identité intacte
En janvier 2026, le CSN publiait Métamorphoses 1945-2025, le nouveau visage du notariat. Une photographie inédite de la profession après dix ans de transformation accélérée.

En janvier 2026, à l'occasion du 80e anniversaire des textes fondateurs de 1945, Bertrand Savouré, président du Conseil supérieur du notariat, présentait Le nouveau visage du notariat. L'ouvrage restitue les résultats d'une enquête menée en juin 2025 par l'IFOP auprès de 7 488 notaires, soit 45 % de la profession, et de 762 étudiants en notariat. Rarement une profession réglementée aura disposé d'une photographie aussi ample d'elle-même, à un moment aussi charnière de son histoire. Dix ans après la loi du 6 août 2015, le tableau est net : le notariat est plus jeune, plus féminin, plus ouvert socialement, plus mobile dans ses formes d'exercice. Mais il reste, dans ses fondamentaux, profondément cohérent avec ce qu'il a toujours été.
Un renouvellement démographique sans précédent
Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Entre juin 2015 et juin 2025, le nombre de notaires a progressé de 78,9 %, passant de 9 716 à 17 383. Dans le même temps, le nombre d'offices a augmenté de 58,6 %, pour atteindre 7 242 structures. Et le nombre de notaires salariés a bondi de 340,9 %, signe d'une transformation profonde des parcours d'entrée et de progression dans la profession.
Ce mouvement démographique a reconfiguré la sociologie du groupe. L'âge moyen est passé de 49 ans et 7 mois à 46 ans et 6 mois. Plus significatif encore : 62,4 % des notaires en exercice en 2025 ne l'étaient pas dix ans plus tôt. Dans une profession ancienne et fortement institutionnalisée, c'est un renouvellement générationnel massif, opéré en très peu de temps. Il change les attentes, le rapport au travail, les ambitions de carrière et la façon de se représenter le métier.
La féminisation, une rupture historique
L'autre transformation majeure est massive, rapide, et désormais irréversible. Sur dix ans, la croissance des nominations de femmes notaires atteint +192,7 %, contre seulement +17 % pour les hommes. La part des femmes est passée de moins de 13,5 % en 1998 à 50 % en 2019. Elles représentent aujourd'hui près de la moitié des notaires libéraux.
Un notariat incarné, miroir et acteur de la société. Un visage féminisé, rajeuni, assoupli, en pleine métamorphose.
Cette féminisation s'est en partie appuyée sur la montée en puissance du statut de notaire salarié, mais elle dépasse désormais ce seul cadre. Elle traduit une mutation de fond du recrutement, de la formation et du positionnement du notariat dans les professions juridiques supérieures.
Un choix construit, pas un héritage
L'enquête démonte l'idée d'un notariat encore largement transmis de père en fils. Seuls 6 % des étudiants déclarent avoir un parent ou beau-parent ayant travaillé dans le notariat. Seuls 4 % des notaires en exercice indiquent que la tradition familiale a constitué leur première raison d'exercer. L'accès au métier passe aujourd'hui surtout par les études et les stages : 76 % des notaires ont décidé d'exercer ce métier durant leurs études de droit, souvent en fin de master.
C'est une profession de passionnés. On n'entre pas dans le notariat par hasard.
Ce point dit quelque chose d'essentiel sur les motivations réelles. Les notaires comme les étudiants se définissent d'abord comme des juristes : 60 % des notaires et 74 % des étudiants citent l'intérêt pour le droit civil et les thématiques notariales comme première raison. Mais la dimension humaine arrive très vite derrière.
Il y a l'attrait du droit, dans toutes ses facettes, mais aussi une vraie appétence pour le contact humain.
41 % des notaires et 59 % des étudiants mettent en avant le contact direct avec le public. Le notariat se vit comme une profession double : intellectuelle et relationnelle, technique et humaine.
Une identité professionnelle solide
Cette articulation entre droit et humain se retrouve dans l'attachement très fort au statut d'officier public. 96 % des notaires jugent cette dimension importante, et 92 % des étudiants. La raison d'être du notariat, formalisée en 2021, est connue de 94 % des notaires et jugée pertinente par 97 % d'entre eux. 91 % des notaires se disent fiers d'appartenir à la profession.
Beaucoup de données chiffrées captivantes. Une note d'ambiance, un peu inquiète. Mais aussi trois sentiments très positifs, devenus si rares dans une France désenchantée : la fierté, la confiance et la passion.
Cette fierté ne relève pas d'un simple attachement statutaire. Elle tient à la perception d'une utilité réelle, d'un rôle social concret, d'une responsabilité assumée. Dans un moment où beaucoup de corps intermédiaires se fragilisent, c'est une cohérence identitaire remarquable.
Un métier exigeant, des tensions réelles
L'enquête ne dresse pas un portrait lisse. Elle fait aussi apparaître une profession éprouvante. Les notaires décrivent une charge de travail de 50 à 60 heures par semaine. Les niveaux de stress sont particulièrement élevés chez les femmes (86 %), les notaires salariés (87 %), les notaires individuels (86 %) et les créateurs d'offices récents (85 %). Seuls 45 % des notaires se disent satisfaits de leur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, et 39 % seulement de leur charge de travail rapportée à leur temps de travail.
Le métier passionne, mais il use. Ce message dépasse la seule question du bien-être individuel. Il touche à l'attractivité future de la profession, à sa capacité à fidéliser et à accompagner des nouvelles générations plus attentives à l'autonomie et au sens de leur engagement.
Le notariat va devoir adapter son organisation, son fonctionnement, son rapport au travail à un nouvel état d'esprit qui s'est installé dans la société française.
Le succès du statut de notaire salarié s'inscrit dans ce mouvement. 92 % des notaires salariés exercent depuis moins de dix ans. Ce statut est désormais une voie pleinement légitime, choisie durablement et non plus seulement considérée comme une étape transitoire.
Dans les zones rurales, la situation est plus tendue. 64 % des notaires ruraux se disent insatisfaits de leur charge de travail, contre 61 % en moyenne nationale. Les difficultés de recrutement, la faible rentabilité de certains actes et un sentiment d'invisibilité sont souvent cités. Pourtant, l'attachement à ces territoires reste réel, y compris chez les étudiants : 44 % souhaiteraient intégrer un office en milieu semi-rural et 14 % un office rural.
Territoire, numérique et perspectives
Les notaires sont des "enfants du coin".
Le constat est étayé par les chiffres. La distance moyenne pour accéder à un point d'accueil notarial est de 5,7 kilomètres. Plus de la moitié des notaires exercent dans leur région d'origine, avec des taux qui montent à 87 % dans le Grand Est et 80 % dans les Hauts-de-France. Cet enracinement nourrit la connaissance des contextes locaux, la confiance de la clientèle et la continuité d'un service juridique de proximité.

Sur le numérique, l'enquête rappelle que la profession est engagée depuis longtemps dans une transformation technologique structurée : informatisation du FCDDV dès 1975, création de l'ADSN en 1983, acte authentique électronique en 2008, comparution à distance pérennisée en 2020. Les notaires jugent positivement cette transition, avec une note moyenne de 7,5 sur 10. Le numérique n'est pas une parenthèse récente : c'est une trajectoire longue, déjà ancrée dans les pratiques et les infrastructures. La profession totalise 38,5 millions d'actes déposés au MICEN depuis 2008 et 27 millions de dispositions testamentaires enregistrées au FCDDV.
Côté perspectives, les ambitions de développement et de spécialisation sont réelles. Beaucoup de notaires salariés envisagent de s'installer ou de devenir associés. Chez les étudiants, deux sur trois envisagent une spécialisation, avec une préférence marquée pour le conseil en organisation et gestion de patrimoine, devant le droit de l'entreprise et le droit international privé.
Une profession transformée, pas dissoute
Ce que dit au fond cette enquête, c'est la coexistence de deux réalités. D'un côté, une profession qui a profondément muté : ouverte, féminisée, rajeunie, numérisée. De l'autre, une profession qui reste fortement fidèle à son noyau dur : l'authenticité, le service public, la proximité, la responsabilité personnelle, l'ancrage territorial.
Le "nouveau visage" du notariat n'est pas celui d'une profession qui aurait renié ses fondamentaux. C'est celui d'une profession qui les a transportés dans un nouvel âge. Plus exposée aussi, car cette transformation ouvre de nouvelles attentes, et donc de nouvelles obligations. Mais identifiable. Plus diverse, mais toujours cohérente.
Sources
- Conseil supérieur du notariat, Métamorphoses 1945-2025, le nouveau visage du notariat, présenté par Bertrand Savouré, président du CSN, janvier 2026
- Enquête IFOP, juin 2025, réalisée auprès de 7 488 notaires (45 % de la profession) et 762 étudiants en notariat


